Quel modèle de gouvernance pour les associations ?

Co-éditeurs: Yuri BIONDI, Stéphanie CHATELAIN-PONROY, Philippe EYNAUD et Samuel SPONEM

Avec un budget cumulé de 59 milliards d’euros en 2007, un volume d’emploi de plus d’un million d’emploi en équivalent temps plein, 14 millions de bénévoles, les associations (dont le nombre dépasse le million) ont un poids considérable dans l’économie française (Tchernonog, 2007). Par ailleurs, elles ont de plus en plus tendance à se professionnaliser, à adopter des méthodes de management et à généraliser leur recours aux outils de gestion. Ce phénomène, observable dans de nombreux pays, s’accompagne de l’apparition sur ce secteur de consultants spécialisés et de formations de gestion. Dès lors, les questions de gouvernance qu’elles rencontrent prennent une importance particulière. L’enjeu est maintenant de savoir si cette question du mode de gouvernance associatif peut se résoudre par une simple transposition du modèle de l’entreprise [Avare et Sponem 2008] ou du nouveau management public.

En effet, la gouvernance d’entreprise, basée sur la valeur actionnariale, hiérarchise fortement ses parties prenantes en accordant aux actionnaires un statut privilégié. Cependant, d’autres formes de gouvernance sont envisageables, notamment dans le champ non lucratif, qui donnent aux différentes parties prenantes une plus grande capacité d’expression et d’action. Ainsi, le système de gouvernance associatif peut, dans certains cas, rendre possible la prise de parole (au sens d’Hirschman 1995) d’acteurs aussi différents que les membres, salariés, bénéficiaires, bénévoles, activistes ou encore donateurs. Il peut également favoriser l’élaboration d’instruments spécifiques pour organiser la prise de décision, faciliter les liens entre parties prenantes et la collaboration en réseau. De telles finalités appellent des modes de conception et d’appréhension spécifiques. Comme le montrent Laville et Sainsaulieu (2004), celles-ci doivent porter tant sur la qualité des échanges réalisés et les modalités de délibération du projet associatif que sur l’appréciation de son histoire, de son contexte et de son évolution [Dimaggio et Anheier (1990)]. De plus, ces modes et instruments de gouvernance partenariale ou participative pourront interroger en retour le modèle actionnarial de gouvernance qui s’impose aujourd’hui dans les grandes entreprises, surtout à l’heure de l’extension de leurs finalités vers la responsabilité sociale et environnementale.

La connaissance de l’association suppose donc à présent qu’une plus grande attention soit portée à ses modes de gestion et de gouvernance. C’est ainsi que de nombreux travaux en management et en théorie des organisations ont interrogé la notion de rationalité pour l’adapter aux acteurs associatifs. D’autres travaux se sont intéressés à l’association comme fait social, ce qui a conduit leurs auteurs à poser la question de sa légitimité. En outre, l’approche organisationnelle peut parfois être enrichie et complétée par des travaux mobilisant une analyse institutionnelle. Cet angle d’attaque a été retenu notamment par l’approche néo-institutionnelle qui a fait des associations l’un des ses terrains privilégiés d’observation [Laville et Sainsaulieu (2004)]. Enfin, la gestion et la gouvernance des associations nécessitent, selon l’approche proposée par Polanyi [1944 ; 2008], une conceptualisation de leur économie à but non-lucratif dans les sociétés contemporaines qui ne soit ni réduite à la seule logique de marché, ni limitée à l’action de l’État [Laville 2010 ; Biondi 2008].

Pour explorer les questions relatives à la gouvernance des associations et répondre à un besoin de connaissance transversal, le Conservatoire National des Arts et Métiers a organisé le 7 et 8 septembre 2009 un colloque international réunissant de nombreux chercheurs et professionnels. Les travaux qui s’y sont déroulés se sont inscrits dans une perspective transdisciplinaire et ont permis de regrouper sociologues, économistes, gestionnaires, juristes, historiens et politistes autour de cette problématique. Pendant deux jours, quarante cinq chercheurs de différents pays se sont retrouvés pour présenter leurs travaux devant un public de deux cents participants, regroupant praticiens et académiques.

Ce numéro spécial constitue un choix de papiers présentés en langue française lors de cette conférence. Un travail de sélection et de révision nous a permis d’aboutir à la publication de sept articles qui nous semblent contribuer à la connaissance de trois dimensions importantes de la gouvernance des associations : la gouvernance et les stratégies institutionnelles associatives, les instruments de gestion au service de la gouvernance associative et le développement des fonctionnements en réseau par ces organisations.

Ce numéro spécial est issu des travaux du colloque international sur la gouvernance des associations qui s’est tenu le 7 et 8 septembre 2009 au Conservatoire National des Arts et Métiers (Cnam), à Paris, sous les auspices des chaires « Comptabilité financière et audit » et « Relations de service » du Cnam et du réseau européen EMES, avec la collaboration du LISE (Cnam-CNRS, UMR n° 5262), du GREG-CRC (Cnam, EA n° 2430), de la direction de la recherche du Cnam, de l’AISLF (CR27), de Sciences-Po Paris (Formation Continue), et du GREGOR (IAE Paris).

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