L’approche EMES de l’entreprise sociale dans une perspective comparative

EMES Working Papers no. 13/02

Brief introduction:

La plupart de ceux qui utilisaient les notions d’entrepreneuriat social et d’entreprise sociale il y a une dizaine d’années s’accordent aujourd’hui sur le fait qu’ils n’auraient jamais pu imaginer l’étonnante percée de ces concepts. En effet, l’utilisation de ces derniers se répand aujourd’hui dans la plupart des régions du monde : après une première décennie, à partir de la fin des années 90, qui a vu se développer la littérature sur le sujet de part et d’autre de l’Atlantique, des communautés de recherche émergent actuellement en Europe centrale et orientale (Borzaga et al. 2008), dans la plupart des pays d’Asie de l’Est, y compris en Chine (Defourny et Kuan 2011), et en Inde, en Australie, en Israël et dans plusieurs pays d’Amérique latine.

En Europe, on reconnaît à ces concepts une filiation très nette avec les différentes approches qui tentent de cerner l’existence d’un troisième secteur, au-delà de la distinction classique entre un secteur privé lucratif et un secteur public, et ce, quels que soient les termes utilisés pour appréhender un tel troisième secteur : community and voluntary sector, non-profit sector, économie sociale, économie solidaire, etc. L’entreprise sociale n’est toutefois pas une notion qui vise toute organisation faisant partie de ces ensembles. Loin de se substituer aux conceptions existantes, l’approche de l’entreprise sociale et le potentiel analytique qui s’en dégage peuvent être vus comme un éclairage susceptible d’enrichir les approches existantes et de mettre en lumière certaines dynamiques particulières au sein des organisations du troisième secteur. Une telle perspective a été adoptée, dans une large mesure, par la Commission européenne lorsqu’elle a organisé, en novembre 2011, une prestigieuse conférence pour présenter son « initiative pour l’entrepreneuriat social » visant à « construire un écosystème pour promouvoir les entreprises sociales au cœur de l’économie et de l’innovation sociales » (European Commission 2011).

Aux États-Unis, l’idée d’entrepreneuriat social est apparue tout autrement et elle recouvre aujourd’hui des acceptions très variées, qui engendrent parfois de la confusion – voire de fortes oppositions – dans certains pays européens. L’émergence du concept d’entreprise sociale date du début des années 1990. Le lancement, en 1993, par la Harvard Business School, de l’« initiative entreprise sociale » (Social Enterprise Initiative) constitue un des événements-clés de cette période. Depuis lors, d’autres grandes universités (Columbia, Berkeley, Duke, Yale, New York, etc.) et diverses fondations ont mis sur pied des programmes de formation et de soutien pour les entreprises sociales et les entrepreneurs sociaux. Un premier courant de pensée dans le débat sur l’entreprenariat social et les entreprises sociales fait référence au développement, par les organisations sans but lucratif, d’activités commerciales visant à soutenir la réalisation de leur mission sociale (Kerlin 2006). L’origine d’un second courant de pensée, basé sur une vision plus large de l’entrepreneuriat, remonte à B. Drayton et à Ashoka, l’organisation qu’il a fondée en 1980. Ashoka met l’accent sur le profil de certains individus – dénommés, dans un premier temps, « entrepreneurs publics » – capables de mettre en œuvre des innovations sociales dans divers champs, plutôt que sur les formes d’organisations qu’ils peuvent mettre sur pied. Diverses fondations impliquées dans la « venture philanthropy », comme la Schwab Foundation et la Skoll Foundation, se sont approprié l’idée selon laquelle l’innovation sociale est un élément central de l’entrepreneuriat social, et elles ont apporté leur soutien à des entrepreneurs sociaux.

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EMES Working Paper 13/02

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