Communs culturels, espaces publics alternatifs et économie solidaire. Revisiter Polanyi au prisme des institutions culturelles citoyennes.

EMES Conferences Selected Papers Series, ECSP-P16-21

Cette communication propose d’analyser comment une initiative culturelle citoyenne, l’Ateneo Popular Nou Barris à Barcelone, s’organisant à travers le modèle sociopolitique de la gestion communautaire, peut contribuer à la reconfiguration de l’action publique.

L’Ateneo Popular Nou Barris est un équipement culturel public de cirque social issu d’une mobilisation collective des habitants du district de Nou Barris pour transformer une usine d’asphalte en centre culturel autogéré en 1977. Ce mouvement de réappropriation citoyenne émerge face au manque d’infrastructures, de services et d’équipements publics au sein de district le plus paupérisé de la ville. Géré de manière collective par l’association Bido, la gouvernance est décentralisée à travers 5 commissions (artistique, formation en cirque social, programmation, technique, gestion). Remettant en cause les modes traditionnels de la propriété privée capitaliste et de la propriété publique (Nyssens, Petrella, 2015), l’Ateneo Popular défend un projet original articulant le pluralisme culturel, visant à placer la solidarité, la coopération et la participation citoyenne au cœur de la production culturelle, le pluralisme politique, fondé sur la reconnaissance de la diversité des espaces publics, et la pluralisation des principes économiques, induisant une réinscription de l’économie dans les relations sociales (Laville, Salmon, 2015).

Karl Polanyi a mis l’accent sur les périls de l’économie de marché en montrant comment le passage des marchés régulés aux marchés autorégulateurs induit un encastrement des relations sociales dans le système économique (Polanyi, 1893). L’Ateneo Popular émerge et se développe en réaction aux dynamiques de marchandisation de la vie sociale et tend à inscrire la production et la distribution des biens culturels dans des normes démocratiques. Notre visée est d’élargir la problématique polanyienne en pensant l’imbrication des sphères culturelle, économique et politique comme vecteur d’émancipation.

Nous proposons d’étudier, dans un premier temps, de quelle manière ce modèle de gestion communautaire s’inscrit dans la tradition associationniste des Ateneos Populares et dans la lignée des « mouvements sociaux urbains » (Castells, 1983). Nous montrerons de quelle façon le caractère subversif de ce contre-pouvoir autonome se reconfigure au fil de la construction d’une « coresponsabilité » avec le cadre institutionnel.

Dans un deuxième temps, nous analyserons plus précisément le mode de gouvernance participative, en montrant comment la structure décentralisée de ce commun culturel permet une distribution des pouvoirs et des compétences rendant possible une construction collective des normes de gouvernement et de quelle manière cette gouvernance collective s’appuie sur une pluralisation des ressources économiques.

Communs culturels, espaces publics alternatifs et économie solidaire.

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